

Fyrison
Tome 2 : Eau

À propos
Autrice : Lil'lusion
Editeur : Auto édition
ISBN : 979-1097824426
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Type De Couverture : Broché
Format : 15.24 x 22.86 cm
Nombre de page : -- pages
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​Prix : 21,99€
Genre :
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Fantasy / Fantastique
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Adult
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​Romantasy (Slow burn)
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Magie élémentaires
​Thématiques abordées
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​Quête d’identité
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Manipulation psychologique
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Justice et châtiment
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4e de couverture
Elora pensait avoir tout sacrifié pour offrir la liberté aux frères Fýrison.
Mais à Embarbok, la liberté n’est jamais gratuite.
Face à un tribunal implacable, une vampire au bord de la folie et un ennemi invisible qui efface ses traces, elle découvre que sauver ceux qu’elle aime peut les détruire… ou la plonger dans les ténèbres.
Entre un pacte mortel, une magie qui s’affirme et des sentiments qu’on lui interdit, Elora devra se battre contre les autres… et contre elle-même.
Car au cœur du désert, une question demeure : jusqu’où est-on prêt à aller pour ceux qu’on refuse de perdre ?
Un second tome plus sombre, plus intense, où chaque choix laisse une marque.
Chapitre de découverte
Écume de folie

Au loin, un tonnerre éclata. Le ciel, déjà chargé, s’assombrit encore, comme si l’ombre de l’orage avalait
le monde. La brise se fit cinglante, semant une pluie fine sur la terre détrempée. Les éclairs découpaient les nuages, sculptant l’instant, et poussaient les deux femmes à presser le pas.
Juste avant de franchir la porte du manoir, un claquement sec retentit dans leur dos. L’écurie, grande ouverte, semblait , elle aussi, frissonner sous la tempête.
– Je vais fermer, dit Charlotte d’un ton tranquille. Certains ont peur de l’orage.
– Rentre. Je m’en charge, répondit Elora sans attendre.
Charlotte n’eut pas le temps d’objecter. Elora s’élança sous la pluie battante, le bras au-dessus de la tête. Elle pataugea dans la boue, esquiva les flaques, et gagna l’écurie. Une à une, elle vérifia les stalles. Althéa, la cervimphe, dormait paisiblement. Smoke, le céleston le plus sage, reposait en boule sur sa paille, impassible. Plus loin, Altos, le second céleston, dormait la tête penchée hors du nid, sur le dos, les pattes tressautant de rêves. Un sourire attendri effleura les lèvres d’Elora.
Elle s’approcha doucement pour lui replacer la tête, mais une bourrasque violente fit claquer la porte de l’écurie. Un éclair illumina le box. Altos se réveilla d’un bond, les yeux fous, le souffle saccadé par la panique. Un grondement suivit, plus brutal encore. Pris de terreur, il bondit hors de son nid.
– Doucement, murmura Elora, mains levées. Tout va bien…
Mais l’animal, pris dans sa panique, fonça sans la voir. Il glissait, se cognait, se relevait, une masse désorientée fuyant à l’aveugle. Chaque éclair le faisait partir dans un sens et chaque grondement le faisait repartir
dans l’autre. Il franchit la porte dans un fracas de sabots et disparut sous l’orage. Elora s’élança à sa suite, mais la pluie noyait le moindre repère.
Altos n’était déjà plus qu’une ombre. Elle fit demi -tour en courant, fouilla l’écurie pour trouver une lampe à huile et une corde.
– Tu cherches quelque chose ? demanda une voix posée dans son dos.
Elora se tourna brusquement vers l’origine de la voix. Dans l’encadrement, une silhouette encapuchonnée se tenait, ruisselante. Lentement, elle abaissa sa capuche, révélant un sourire calme.
– Erzebeth ? souffla Elora, à la fois surprise et méfiante.
– Tu attendais quelqu’un d’autre?
–Non, je… Altos s’est enfui. Je dois le retrouver.
– Je t’accompagne.
Sans attendre, Erzebeth décrocha une lampe et rabattit sa capuche. Elora en prit une autre, et ensemble, elles s’élancèrent dans les jardins noyés par la tempête. Le vent arrachait leurs appels, les éclairs les aveuglaient. Le lac semblait vibrer sous l’assaut des gouttes et les arbres dansaient, malmenés par les bourrasques. Elles se séparèrent pour trouver la monture terrorisée par la tempête. Un rugissement bestial fendit soudain l’air, suivi d’un hurlement humain : Erzebeth.
Elora accéléra, glissant dans la boue, trébuchant jusqu’à la serre. Là, elle aperçut Altos face à la jeune femme. Les souliers d’Erzebeth s’enfonçaient dans la boue à chaque pas de recul. Le céleston s’avançait, museau bas, poils hérissés. Son visage affichait une expression glaçante.
–Altos ! appela Elora, tendant la main.
L’animal tourna la tête. Ses cornes rougeoyaient, ses yeux brillaient d’une lueur étrange, presque…sanguine. Il hésita, puis se mit en position comme un prédateur face à sa proie dans un grondement félin.
– Non…souffla Elora, reculant.
Altos bondit.
Elle tenta de se protéger de l’assaut mais, dans son mouvement de recul, elle glissa, tomba, bras levés pour arrêter l’animal qui se ruait sur elle.
– NON ! hurla-t-elle.
Une voix fusa depuis le manoir, au même instant :
–ALTOS, ça suffit !
Un éclair zébra le ciel. Des racines jaillirent du sol, s’enroulèrent autour de ses pattes et le tirèrent au sol, dans le grondement du ciel en colère. Il se releva aussitôt, plus furieux que jamais. Il déchira les végétaux comme de simples petits élastiques fragiles.
Charlotte arriva en courant, suivie de James et William. Ce dernier fit surgir une plante plus épaisse et robuste, qui s’enroula autour du cou d’Altos comme une laisse. Le céleston tenta de se libérer, rugissant de colère, mais il ne put résister à l’emprise de William qui renforça son attaque par un tremblement de terre qui lui fit perdre l’équilibre. James vint en renfort, et ensemble, ils parvinrent à le maîtriser. Ils tirèrent la laisse de toutes leurs forces. Altos était particulièrement fort mais la terreur de l’orage semblait avoir encore plus décuplé cette puissance, déstabilisant plusieurs fois les deux hommes avant qu’ils n’aient le dessus.
Charlotte se glissa devant l’animal, posant une main calme sur son museau. Aussitôt, le regard du céleston s’arrêta sur la vieille femme et sa respiration saccadée s’apaisa lentement. Altos se coucha, son regard se radoucissant, et les couleurs cramoisies de ses cornes et de son pelage retrouvèrent leur éclat turquoise.
– Les nuits d’orage, il a toujours peur, expliqua Charlotte, la voix rassurante. Il devient parfois agressif sans en avoir conscience. Calme-toi, mon tout beau !
Elora, encore tremblante, se tourna vers la zone où Erzebeth se tenait pour s’assurer qu’Altos ne l’avait pas blessée. Il ne restait qu’un pan d’ombre. Disparue, dissoute dans la nuit, comme si elle n’avait jamais été présente. Elora chercha des traces : rien. Pas même un pli dans l’herbe.
– Tu vas bien ? demanda James, s’approchant.
Il lui tendit une main pour l’aider à se relever tandis qu’il utilisait la seconde main pour dévier l’eau au -dessus de leurs têtes, comme un parapluie invisible.
– C’est un peu ce que je me demande. répondit -elle en scrutant l’obscurité.
Avait-elle rêvé de voir Erzebeth ici ? Elle avait disparu avec une telle aisance. La pluie s’intensifia, et l’orage gronda de plus en plus fort. William tenait Altos, calmé, par la bride et le menait à l’écurie, tandis que les autres regagnaient la maison pour se sécher et se réchauffer. Dans le salon, Charlotte s’enveloppa dans un châle, et James déposa une couverture légère sur les épaules d’Elora. Gabriel raviva les braises et bientôt la chaleur se répandit à travers la pièce. Raphaël arriva avec un plateau, un service à thé dessus, et posa le tout sur la table basse. Il servit une tasse fumante à Charlotte. James retira sa veste humide et s’installa à côté d’Elora, encore frissonnante, avant de lui tendre une tasse.
William revint trempé jusqu’aux os. Gabriel lui tendit nonchalamment un linge pour se sécher un peu. Malgré sa froideur apparente, il veillait toujours sur les siens.
– Je suis désolée, dit Elora, les yeux baissés. J’ai voulu le recoucher, et l’orage a éclaté au mauvais moment.
–Ne t’en fais pas, répondit calmement Charlotte. Ce n’est pas la première fois qu’il fait ça. À l’avenir, viens nous chercher quand il se met en colère. Il faut toujours être plusieurs pour le maîtriser.
La discussion fut interrompue par le tintement de la cloche d’entrée. Tous échangèrent un regard interrogateur. Personne n’attendait de visite, et encore moins par ce temps. Raphaël se leva pour aller ouvrir. Quelques secondes plus tard, il revint accompagné d’une étrangesilhouette.
La créature était humanoïde. Son torse fin et élancé était celui d’une femme, mais sa tête, aux traits dignes d’une chèvre, détonnait : un museau blanc pointu, de longues oreilles de biche, des cornes feuillues et des yeux d’un jaune ocre. Son pelage beige clair ornait son corps jusqu’à des pattes de chèvre, dotées de sabots bruns. Elle portait une chemise en lin, au style médiéval, légèrement fendue au-dessus de ses jambes animales. Un serre-taille en cuir clouté, un gilet en cuir noir et une ceinture avec un fourreau de dague complétaient sa tenue. Un ras-de-cou orné d’une pierre rouge vibrait une aura étrange. Sous son grand chapeau à plume rouge, elle semblait trembler de froid… à moins que ça ne soit de peur. De grosses gouttes de pluie ruisselèrent de son chapeau lorsqu’elle le retira pour saluer.
– Théïa, hoqueta Charlotte de surprise. Que fais-tu ici ?
– Madame, salua la créature hésitante, Madame la comtesse souhaite s’entretenir avec Messieurs Fýrison.
– Que veut cette vipère ? siffla Gabriel, la voix pleine de froideur.
– Gabriel ! grogna doucement William pour le ramener à la raison.
– Tu peux lui dire, dit-il à l’attention de Théïa comme si elle devait le rapporter à sa maîtresse.
– Monsieur, je… je ne sais pas. Elle a juste… demandé…
– Demandé ? intervint William en haussant un sourcil.
– Le terme exact serait plutôt… exigé, murmura Théïa, incertaine.
– Je m’en doutais, soupira Raphaël avec un sourire ironique.
– Elle exige votre présence. A tous les quatre.
L’atmosphère se tendit aussitôt. Les visages des quatre hommes se durcirent. Charlotte, nerveuse, se leva, prête à intervenir, mais Gabriel la devança, s’avançant vers la faune.
– La nuit est presque finie, dit-il d’un ton autoritaire. Nous ne prendrons pas le risque d’affronter le soleil. Elle attendra demain.
Un frisson d’angoisse traversa le regard de Théïa. Elle pâlit et sembla aussi fragile qu’une feuille. Gabriel, percevant sa peur, posa une main réconfortante sur son épaule avec une douceur rare chez lui.
– Pour la rassurer, dis-lui que tu vas t’en charger en venant nous chercher. Elle pensera que tu as anticipé sa demande, et tu éviteras de subir sa colère. Dis-lui que c’est moi qui ai refusé!
Théïa hocha la tête, soulagée, mais l’inquiétude restait visible dans ses yeux. Elle salua élégamment et, après avoir remis son chapeau, quitta précipitamment la pièce.
La tension persista dans l’air. Chacun regagna sa chambre pour tenter de récupérer de cette soirée agitée, tout en redoutant la suivante, que l’aube ne tarderait plus à révéler. Le matin suivant, Elora griffonna quelques croquis dans son carnet, luttant contre l’insomnie. Ce n’est qu’à l’aube que le sommeil la gagna. Quand elle émergea au milieu des esquisses éparpillées, la nuit tombait déjà. Elle se leva et s’étira avant de s'habiller. Une fois coiffée, bottée, et sa chemise refermée à moitié, elle jeta un œil par la fenêtre.
Un carrosse élégant, semblable à celui qu’Elora avait déjà vu comme étant celui d’un client qu’elle ne devait pas croiser, attendait déjà devant le manoir. Elle comprit que le fameux client interdit était la comtesse.
Théïa, droite comme un piquet, les bras le long du corps, fixait l’entrée, au bas des escaliers de la terrasse. Elle s’inclina en voyant les quatre frères apparaître, puis leur tint la porte pendant qu’ils montaient. Elle prit la place de cocher et le véhicule s’ébranla aussitôt dans un claquement sec.
Charlotte entra alors dans la chambre d’Elora avec son sourire habituel, mais ses yeux trahissaient une inquiétude qu’elle tentait de masquer. La jeune femme finissait de boutonner sa chemise.
– Bonjour Elora, comment vas-tu ? dit-elle doucement.
– Bonjour Charlotte, répondit Elora, je vais bien. Je finis de me préparer, je vous rejoins dans…
– Inutile de te presser, l’interrompit Charlotte en levant la main. Les garçons sont déjà partis.
– Je les ai vus monter dans le carrosse.
– Théïa les conduit chez la comtesse.
– Il s’est passé quelque chose?
– Rien de nouveau. Un caprice, comme toujours. Mais dis-moi, tu m’aiderais aujourd’hui ?
Elora resta silencieuse. Depuis le procès de Jamra, la comtesse se faisait plus présente et exigeante. L’obligation de rompre le lien avec Eloïse, la compagne de Jamra, ne lui avait manifestement pas plu. Elle avait même osé menacer la juge et Éminence en plein tribunal.
Charlotte s’approcha et lui releva le menton avec une tendresse familière.
– Ne cherche pas d’autres raisons, murmura -t-elle avec un sourire. Entre femmes, on passera une bonne journée. Loin des grognons à crocs.
Elora esquissa un sourire, apaisée. Quelques heures de répit ne seraient pas de refus. Sans affaire mais aussi sans entraînement à la magie et les exigences de William toujours plus difficiles à atteindre. Elle descendit rejoindre Dynamène, au regard encore ensommeillé mais déjà apprêtée pour sa soirée. Charlotte l’avait visiblement tirée du lit.
– Altos a semé un beau bazar hier soir à cause de l’orage, annonça Charlotte. On va devoir remettre un peu d’ordre avant de partir.
– Partir ? releva Elora, surprise.
– Dans deux jours, nous allons à Embarbok. Jamra veut célébrer le retour d’Eloïse sous sa forme de sylphide et le lancement de son affaire. Nous sommes tous invités. Mais avant, j’ai promis de préparer les fleurs pour Ostara. Vous vous chargez du nettoyage dans les jardins et vous me rejoindrez ensuite pour la livraison.
Après le petit-déjeuner, les deux jeunes femmes se dirigèrent vers les jardins, suivant les traces d’Altos. Elles aboutirent à une vieille remise, près de l’allée principale du manoir, dont la porte avait été réduite en copeaux. Les sillons dans le sol, éclairés par une lune ovale, montraient la panique de l’animal devant l’orage: glissades, ruades, sabots désorientés.
– On va en avoir pour des heures, grogna Dynamène en baissant la lanterne qu’elle tenait en signe de dépit.
– Ou la nuit entière, soupira Elora.
Elles entrèrent dans la petite bâtisse et s’attelèrent à la tâche. Elora profita du rangement pour raconter à son amie les événements qui avaient conduit à la panique d’Altos. Elle continua avec l’apparition d’Erzebeth qui lui proposait son aide puis sa disparition avant que William, James et Charlotte ne la voient. Dynamène fronça les sourcils en écoutant attentivement Elora.
– Tu l’as déjà vue? demanda la nymphe.
– Une fois, près du lac. Elle m’a dit qu’elle s’appelait Erzebeth Nadasdy.
– Ce nom me dit quelque chose… Il faudra demander à Charlotte parce que c’est étrange qu’elle ait pu entrer sur le domaine comme ça malgré les enchantements d’Astrid et Charlotte.
– La première fois que je l’ai vu, elle a parlé avec William. Je pense qu’elle les connait et qu’elle a le droit d’être ici.
– Peut-être mais on devrait, quand même, en toucher un mot à Charlotte en rentrant. Tu sais où sont les garçons ?
– Chez la comtesse.
– Encore !
– Théïa est venue les chercher.
– Si elle a envoyé Théïa au lieu de venir, c’est qu’elle est d’une humeur massacrante, soupira la nymphe.
Altos avait retourné la cabane : fioles renversées, graines éparpillées, caisses brisées. Alors qu’elles s’attelaient à remettre de l’ordre, Néméa apparut à l’entrée, deux outres d’eau à la main.
– Petite pause ? proposa-t-elle avec un clin d’œil.
Les deux nettoyeuses attrapèrent les gourdes et burent à grandes gorgées. Le visage de l’alcyon s’assombrit légèrement alors qu’elle croisait les bras et s’appuyait contre l’encadrement de la porte.
– Charlotte m’a demandé de voir les dégâts au-delà du domaine. Le village a souffert de la tempête. Ils auront peut-être besoin d’aide.
Le ton de Néméa se fit plus grave.
– On n’a pas fini ici, fit remarquer Dynamène.
–Vas-y, intervint Elora. Tu maîtrises mieux ta magie que moi : tu seras plus utile. Je m’en sortirai ici.
Dynamène hésita, jaugea la pile de caisses restantes et le désordre puis, acquiesça.
– Tu pourras t’entraîner un peu, dit -elle en tapotant l’épaule d’Elora avec un sourire. Tu découvriras que la magie peut être utile au quotidien.
La nymphe et l’alcyon sortirent ensemble. Néméa s’élança en courant et reprit sa forme ailée. Dynamène embarqua sur son dos et l’alcyon s’envola d’un battement d’ailes. Elora retourna à l’intérieur, inspira profondément, et posa les mains sur la pile la plus haute. Une caisse, coincée sous une poutre, résistait. Elle tira dessus… la pile vacilla.
Une liane jaillit du mur et s’enroula autour de la pile pour la stabiliser. Elora s’immobilisa, les yeux écarquillés. Voilà qui aurait donné tort à William, pensa-t-elle en souriant, fière d’elle.
– Bien joué, fit une voix derrière elle.

